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[Débat] Glyphosate : l’herbicide de la discorde

PUBLIC SÉNAT – 27/02/2019 – Par Guillaume Jacquot

Manque de pragmatisme pour les uns, inquiétudes sanitaires pour les autres, la sortie du glyphosate continue de provoquer des débats parfois tendus. Retour sur le débat organisé sur Public Sénat, depuis le Salon de l’agriculture.

Peut-on se passer des pesticides ? La réponse n’est sans doute pas évidente à fournir. La question a, elle, en tout cas empoisonné le débat sur Public Sénat (revoir le débat en intégralité). En direct sur notre plateau au Salon de l’agriculture, le sénateur écologiste, Joël Labbé a pointé la responsabilité des produits sanitaires dans la « chute alarmante de la biodiversité ». Le parlementaire du Morbihan, célèbre pour son combat pour la défense des abeilles et des pollinisateurs, appelle à « revenir à une agriculture responsable des équilibres ». Sans cela, c’est « l’espèce humaine qui est en danger », met-il en garde.

Florent Guhl, directeur de l’Agence du bio, affirme que « beaucoup d’agriculteurs se passent du glyphosate » et qu’il n’y a « jamais eu autant d’engouement vers d’autres modes de culture ». Selon lui, le bio concerne près de 10% des producteurs en France, pays qui peut devenir leader sur ce secteur en Europe.

« Pas d’alternative crédible », s’inquiète un céréalier

Mais pour Vincent Guyot, céréalier betteravier dans l’Aisne, le glyphosate reste une nécessité pour les contraintes de son exploitation :

« Il n’y a pas d’autre d’alternative que de pénaliser très fortement ma technique culturale au niveau économique et écologique. Parce qu’aujourd’hui les seules alternatives qu’on me propose, c’est d’utiliser plus de carbone à travers du carburant, des heures de tracteur, des pièces d’usure pour mon matériel. Et donc inévitablement quand je fais la balance bénéfices-risques de la suppression du glyphosate sur mon exploitation, il sera très défavorable. »

 

 

Bref, le céréalier maintient qu’il n’y a « pas d’alternative crédible » à ce désherbant. Il ajoute que les alternatives doivent être « évaluées à tous les niveaux : technologique, environnemental, économique, avant toute interdiction » du glyphosate. « Est-ce qu’on va faire pire après », s’inquiète-t-il ?

 

« Situation alarmante par rapport à la biodiversité »

 

 

« C’est agaçant de dire qu’il n’y a pas d’alternatives », réagit le sénateur Joël Labbé, convaincu qu’elles existent et qu’elles se développent. L’écologiste se veut « lucide » et veut « remettre le modèle actuel en question », au profit d’une polyculture, plus respectueuse de la terre et des équilibres environnementaux. « Personne ne peut nier le fait qu’on est en situation alarmante par rapport à la biodiversité. C’est un désherbant total. La microfaune est touchée. »

L’écologiste ajoute que les produits phytosanitaires sont aussi la cause d’un « certain nombre de cancers avérés » et de « maladies neurodégénératives ».

 

« L’agriculture française est la plus normée et vertueuse au monde »

Journaliste à l’Opinion, et spécialiste des questions agricoles, Emmanuel Ducros a cherché à nuancer le débat et à dépassionner la question. Selon elle, « le débat sur les pesticides et le bio repose sur un double malentendu ». L’agriculture conventionnelle « n’empoisonne pas les gens », rappelle-t-elle. « L’agriculture française est la plus normée et vertueuse au monde, mais ça ne veut pas dire qu’il n’y a pas de progrès à faire. » Deuxièmement, elle explique que le bio ne sera « pas la solution à tous les problèmes », à cause des prises de risques qu’il implique et des traitements qu’il fait aussi peser les sols. « Le salut de l’agriculture passera par des solutions intermédiaires, en améliorant les pratiques conventionnelles », conclut la journaliste.

 

Un débat « totalement irrationnel »

Un autre céréalier, Philippe Dubiez (président de Passion Céréales), qui travaille en Côte-d’Or, appelle, lui aussi, à « sortir d’une conception binaire. » « Les voies de progrès, ce sont sur des hybridations de systèmes. »

La sénatrice (LR) de l’Essonne, intervient à son tour pour signifier qu’on ne peut « pas opposer agriculture et biodiversité. « Les plus grands écologistes à l’heure actuelle, ce sont les agriculteurs », s’exclame-t-elle. La sénatrice croit, elle aussi, qu’il n’y a pas de « solution miracle » ou « unique ».

Emmanuel Ducros relate un incident, survenu hors antenne, prouvant à quel point le « débat est totalement irrationnel ». « Laure Darcos vient de sortir de ce plateau, elle s’est fait insulter derrière moi. Quelqu’un l’a traitée d’empoisonneuse et a dit que ses enfants devaient avoir honte d’elle. On en est là. » Regardez :

 

Ailleurs, dans les travées du Salon, la secrétaire d’État auprès du ministre de la Transition écologique, Emmanuelle Wargon, affirme à notre micro que 2021, comme date de sortie du glyphosate (échéance sur laquelle s’était engagé Emmanuel Macron) n’est « pas un totem », mais « une ambition » (lire notre article).

Dans ce dossier politique sensible, la sénatrice Laure Darcos reconnaît « avoir été choquée » par les tergiversations gouvernementales sur le calendrier de sortie, un flou néfaste pour les agriculteurs. Mais, « de toute façon, cela va dans le sens de l’histoire. On l’utilise de moins en moins », constate-t-elle. « Le temps de l’agriculteur, n’est pas le temps de la politique », abonde Hervé Lappie, éleveur de porcs et président de la FNSEA de la Marne.

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