La France Agricole

En congrès, la Confédération paysanne parle d’argent

LA FRANCE AGRICOLE – Par B. Lafeuille – 13/04/2017

Redonner du revenu aux paysans : c’est l’ordre de mission donné au comité national de la Confédération paysanne, partiellement renouvelé lors du congrès électif ces 12 et 13 avril 2017 à Muzillac (Morbihan).

Du revenu, certains paysans en dégagent malgré le marasme économique que traverse l’agriculture. Deux d’entre eux, en lait et en porc, ouvraient pour l’occasion les portes de leur élevage aux journalistes. Tous deux ex-conventionnels sont passés en bio il y a quelques années. « Mais on ne crache pas sur les autres systèmes, je me souviens d’où je viens », sourit Dominique, éleveur laitier en filière longue. Pierre Yves, quant à lui, est passé de 110 truies seul à 40 truies et 100 brebis en Gaec avec deux associés et trois salariés, transformation et vente directe. Leur revenu a-t-il fait un bond ? Pas forcément, mais tous deux ont créé des emplois et arrivent à partir en vacances…

« Rémunérer les actifs plus que les hectares »

En montrant ces deux fermes, le syndicat se défend de chercher à faire uniquement la promotion de la bio. En revanche, « les systèmes qui s’en sortent sont ceux qui recherchent de la valeur ajoutée », insiste un porte-parole régional. Et alors que se rapproche l’échéance de la nouvelle Pac, le syndicat espère bien peser dans les débats pour réorienter les aides en faveur de l’agriculture de qualité… et rémunérer les actifs plus que les hectares.

« Où est passé l’argent de la Pac ? » interrogeait une banderole dans l’amphithéâtre où se poursuivaient les débats. Olivier Allain y était convié en tant que vice-président de la Région Bretagne. Exercice difficile que d’intervenir devant 400 congressistes de la Conf’ pour un ex-président de FDSEA puis de chambre d’agriculture… C’est « bien conscient de prêcher des convaincus » qu’il a souligné l’importance de la préservation de l’environnement.

Il a rappelé le rôle primordial de la Pac, bien qu’elle ait raté au moins deux de ses objectifs : celui d’assurer un revenu aux agriculteurs et de stabiliser les marchés. Même si cela ne résoudra pas tout, l’élu a plaidé pour une régionalisation plus poussée de la gestion des aides du second pilier. « Si les agriculteurs ne sont pas payés, ce n’est pas par manque d’argent mais pour un problème technique ! » a-t-il insisté. Rappelons tout de même que dans beaucoup de régions, il y a aussi un problème d’argent…


« Il faut aller chercher les gars qui sont coincés dans leur système, pas pour qu’ils votent pour nous, mais pour qu’ils soient encore paysans demain : c’est ça le combat de la Confédération paysanne ! »
Laurent Pinatel, porte-parole


 

La Conf’ peut compter sur l’engagement du sénateur du Morbihan pour mener le même combat politique. Sous des applaudissements nourris, Joël Labbé s’est ainsi emporté : « 15 % des exploitations seraient condamnées. On nous demande d’aider les exploitants à sortir de la profession dans la dignité : c’est tout simplement inentendable ! Non seulement on doit maintenir les paysans, mais aussi développer l’emploi en agriculture. » Il s’est engagé à défendre, aux côtés du syndicat, une agriculture « respectueuse d’équilibres écologique mais aussi des équilibres Nord-Sud ».

Car le syndicat, qui dénonce les dangers des traités commerciaux avec les États-Unis et le Canada pour notre agriculture, n’oublie pas que la production française inonde en même temps certains marchés africains… « La solidarité internationale est à reconstruire, notamment autour de l’autonomie alimentaire », a renchéri un peu plus tard Aurélie Trouvé, agroéconomiste.

Que ce soit au niveau local ou international, « on doit montrer que le projet de l’agriculture paysanne est crédible, en le mettant en place sur nos fermes », a martelé le porte-parole Laurent Pinatel, seul candidat à sa succession. Prônant un syndicalisme « ancré dans le monde paysan », il a fustigé le discours d’un certain syndicat majoritaire : « Il faut arrêter de dire aux paysans qu’ils doivent s’agrandir, qu’ils doivent produire plus ! Ce sont des fermes qui disparaissent, des paysans qui s’endettent, des couples qui se déchirent, des gens qui n’en peuvent plus… »

Les élections professionnelles en ligne de mire

Conscient que les marchés dits « de niche » n’ont pas pour vocation à accueillir tous les producteurs, le syndicaliste a appelé ses troupes à poursuivre le combat politique. « Les paysans qui ont choisi des alternatives pour sortir du système, c’est intéressant mais pour avoir une réponse globale, il va falloir replacer tout ça dans un cadre politique. »

Concluant un congrès aux allures de festival par un discours plus offensif, il a rappelé les combats que continue à mener le syndicat. Contre des principes (industrialisation des fermes…), mais aussi contre la FNSEA et la Coordination rurale en vue des élections professionnelles de 2019. Et avant cela, il a exhorté ses troupes, dans dix jours, à se mobiliser contre l’émergence du Front national dans le paysage politique français.

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