Jacques Le Verger a engagé dès 2009 des démarches afin d’obtenir, in fine, l’autorisation de commercialiser son désherbant naturel. Aujourd’hui, il perd patience.

Désherbants. Le naturel dans l’impasse

LE TÉLÉGRAMME / Didier Déniel

Alors que le gouvernement a réaffirmé, lundi, son intention de diminuer de 50 %, d’ici à 2025, le recours aux pesticides, dont font partie les herbicides, Jacques Le Verger, fondateur de l’entreprise loudéacienne Osmobio, se bat, en vain, pour obtenir une autorisation de mise sur le marché d’une de ses créations : un désherbant naturel et totalement inoffensif pour l’homme et l’environnement, aussi efficace que les désherbants chimiques à base de glyphosate, déclaré cancérogène.

Jacques Le Verger, diplômé d’agronomie et de biologie végétale, a créé son entreprise en 1999 pour trouver des solutions alternatives aux pesticides et autres produits chimiques utilisés en abondance dans l’Hexagone. Son entreprise propose une gamme d’une soixantaine de produits élaborés avec des principes actifs végétaux. « Nous travaillons beaucoup avec les grandes collectivités, comme Nantes, Paris ou Lyon, explique-t-il. Mais aussi avec les jardiniers amateurs soucieux de cultiver proprement. »

Testé avec succès le long des routes

En 2009, Jacques Le Verger développe un désherbant à partir d’extraits naturels de plantes. « Un herbicide aussi efficace que les produits chimiques qui, comme eux, détruit les racines mais aussi les graines. La seule différence, c’est qu’il respecte la terre et l’environnement. » Comme l’exige la loi, Jacques Le Verger confie plusieurs de ses flacons à l’Institut national de l’environnement industriel et des risques (Ineris). En juillet 2012, ce grand laboratoire public conclut que l’usage du produit ne comporte de risque ni pour l’homme ni pour l’environnement. Dans les mois qui suivent, la Direction des routes de l’Ouest (Diro) accepte de tester le désherbant naturel sur des parcelles inaccessibles aux machines et envahies de plantes diverses comme les chardons, particulièrement coriaces.
« Trois campagnes ont été menées, de 2011 à 2013. Les résultats obtenus, consignés dans un audit, ont été concluants », poursuit Jacques Le Verger. L’Ineris s’engage alors à accompagner le chef d’entreprise costarmoricain dans la quête d’une autorisation de mise sur le marché.
Le dossier est déposé à l’Anses, l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (*), seul organisme habilité à le faire. « C’est là que tout s’est compliqué. Comme c’était la première fois qu’on leur soumettait un tel produit, aucune classification ne lui correspondait, poursuit le chef d’entreprise. La faute à nos autorités qui n’ont pas traduit en droit national la volonté de l’Europe de développer les produits dits de biocontrôle. En clair, si j’avais présenté un produit chimique, il n’y aurait pas eu de problème.»

Retour à la case départ

Jacques Le Verger ne baisse pas les bras. Il y a deux ans, il est reçu au cabinet de Stéphane Le Foll, le ministre de l’Agriculture. Depuis, le dossier est dans l’impasse. Au début du mois, Jacques Le Verger s’est tourné vers le ministère de l’Environnement. « On m’a dit de relancer la procédure. Un retour à la case départ en quelque sorte. » Jacques Le Verger perd patience.
D’autant que, dans quelques mois, tous ses produits se retrouveront dans les rayons des grandes enseignes de jardinerie. Ce qui n’était pas le cas auparavant. « C’est la Sobac, une entreprise du Sud, qui distribuera nos produits dans toute la France. Une sacrée opportunité pour nous ». Grand absent de cette montée en puissance, le désherbant naturel qui aurait dû faire le bonheur des jardiniers responsables.
Joël Labbé, sénateur EELV du Morbihan, suit ce dossier depuis longtemps. « L’analyse que j’en fais, c’est que le lobby des groupes de l’industrie chimique est encore très puissant. Nous avons quand même obtenu, pour les préparations naturelles, que les dossiers soient simplifiés. Un décret va être pris. Les choses avancent. Mais pas assez vite à mon goût. »

* Contactée, l’Anses nous a répondu que le dossier déposé était incomplet. Et qu’elle allait le traiter avec un caractère prioritaire dès qu’il sera relancé.

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Phytosanitaires : interdits aux particuliers dès 2019

En juin dernier, Ségolène Royal, ministre de l’Environnement, avait poussé un coup de gueule médiatique, annonçant que les désherbants à base de glyphosate – pesticide classé cancérogène « probable » par le Centre international de recherche sur le cancer – ne seraient plus en vente libre dans les rayons mais uniquement au comptoir, avec les conseils avisés d’un personnel certifié dûment formé. Cette mesure devait entrer en vigueur le 1er janvier 2016.

Particuliers et collectivités

La loi de transition énergétique, adoptée en juillet et promulguée le 17 août dernier, en a décidé autrement, en reportant au 1er janvier 2017 cette vente sous condition. Mais le texte va beaucoup plus loin. Car, à partir de 2019, les particuliers ne pourront plus utiliser de produits phytosanitaires. C’est Joël Labbé, sénateur écologiste morbihannais, qui avait proposé cet amendement.
En 2020, cette interdiction s’étendra aux collectivités locales et aux établissements publics qui ne pourront plus utiliser ces produits pour l’entretien des espaces verts, jardins, promenades et forêts.
Si la France durcit sa législation, la Commission européenne, elle, doit se prononcer sur la reconduction de l’autorisation d’utilisation de glyphosate pour dix ans. Et ce, après avis de l’Efsa, autorité européenne de sécurité des aliments, qui, en novembre, devrait présenter ses conclusions sur le sujet. « Si l’Europe fait le choix de reconduire l’autorisation, cela ne changera en rien la législation française qui dominera », promet Joël Labbé. En tout état de cause, et malgré les restrictions à venir, il sera tout à fait possible d’acheter ces produits phytosanitaires, sans contrainte aucune, sur internet où les sites de vente en ligne sont nombreux. Contacté à ce sujet, le ministère de l’Écologie n’a pas souhaité répondre à nos questions.

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