L'Humanité

Devant le Sénat, des gilets pour empêcher la noyade du droit d’asile

L’HUMANITÉ – 20/06/2018 – Par Emilien Urbach

Un collectif de citoyens est venu, hier, demander aux parlementaires de s’opposer au projet de loi examiné cette semaine par la Haute Assemblée.

© N. Cleuet

Les sénateurs du groupe Communiste, républicain, citoyen et écologiste dénonçaient, hier, le projet du gouvernement.

 

Hier matin, vers 8 h 15, Josselin est arrivé un peu plus tôt que les autres. Il vient de garer sa camionnette en face de l’entrée principale du palais du Luxembourg. « Nous organisons cette action parce qu’aujourd’hui les sénateurs doivent débattre du projet de loi asile-immigration que nous trouvons injuste, explique le militant. C’est aussi la Journée mondiale des réfugiés et les esprits sont encore marqués par le comportement de la France vis-à-vis de l’Aquarius. » Arrive alors un groupe d’une vingtaine de personnes, toutes membres du collectif Accueil de merde qui s’était déjà fait remarquer au mois d’avril en taguant avec de la mousse au chocolat les murs de l’Assemblée nationale.

Deux chaînes humaines se forment. La première déploie une banderole sur laquelle on lit « L’État noie le droit d’asile ». L’autre part de la camionnette de Josselin et en sort 348 gilets de sauvetage placés au sol pour former un tas. Sur chacun d’entre eux, le nom d’un sénateur. Ils ont tous été conviés à l’événement. Le collectif a quelque chose à leur dire avant que les débats sur le projet de loi ne démarrent dans l’Hémicycle en fin d’après-midi. Aucun parlementaire de la majorité ou du groupe « Les Républicains » n’a répondu à l’invitation. En revanche, Éliane Assassi, Esther Benbassa, Pierre Laurent, Éric Bocquet, Fabien Gay, sénateurs du groupe Communiste, républicain, citoyen et écologiste, sont présents. L’écologiste Joël Labbé et quelques socialistes aussi, Xavier Iacovelli, Marie-Pierre de La Gontrie, Jean-Yves Leconte et Jean-Pierre Sueur. Chacun reçoit un gilet de sauvetage. « Mesdames et messieurs les sénateurs, ce tas de gilets est pour nous le mémorial temporaire érigé en mémoire des 35 000 personnes mortes, depuis 1993, sur leur parcours d’exil, explique une des militantes. Nous comptons sur votre engagement et votre travail. S’il vous plaît, ne noyez pas le droit d’asile. »

Cynisme gouvernemental

Commencent alors une série de discussions à bâtons rompus. « Avec ce gouvernement, on nage en plein cynisme », lâche Esther Benbassa. « Si le gouvernement précédent avait géré autrement la question migratoire, nous n’en serions pas là », rappelle Éliane Assassi dans une adresse à peine dissimulée aux sénateurs socialistes qui, en 2016, avaient voté pour une réforme du Ceseda déjà inspirée par des logiques répressives à l’égard des étrangers. « Pour les auteurs du projet de loi, les exilés ne sont pas humains, poursuit Éliane Assassi. Ce texte est à l’image de l’hypocrisie de l’exécutif actuel qui a refusé, la semaine dernière, de tendre la main à l’équipage de l’Aquarius. La France n’est plus à la hauteur de son image de pays des droits de l’homme. »

Vers 9 heures, le collectif d’aide aux exilés décide de replier sa banderole et de remettre les gilets dans la camionnette de Josselin. Ils seront bientôt offerts à l’ONG SOS Méditerranée.

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