Le Télégramme

Herboriste. Un métier qui aspire à renaître

LE TÉLÉGRAMME – 25/08/2018

Le métier d’herboriste n’est plus reconnu depuis soixante-dix-sept ans. Des parlementaires veulent redonner un statut à cette profession, parmi eux le sénateur morbihannais Joël Labbé. Après avoir donné son nom à la loi sur l’interdiction des pesticides dans les lieux publics, il veut réhabiliter l’herboristerie, interdite par Vichy. Il présentera un rapport au Sénat en septembre.

Pourquoi ce nouveau combat pour « le développement de l’herboristerie et des plantes médicinales » ?
Je suis issu du monde paysan, l’herboristerie m’a toujours intéressé par le côté naturel de l’approche de la santé. Et il y a actuellement une forte demande sociétale de plantes pour le bien-être et la santé à laquelle la pharmacie ne répond pas. Ce n’est pas une mode, mais une vague de fond. Or, le métier d’herboriste est interdit depuis 1941. Les « herboristes de terrain » sont venus vers moi, car la précédente proposition de loi du sénateur finistérien Jean-Luc Fichet n’a jamais été débattue, bien que déposée en 2012. Elle ne faisait pas consensus. Les multinationales – comme pour les pesticides – et une partie des professions médicales ont une position très conservatrice sur ce sujet. J’ai creusé l’affaire et je me suis engagé à travailler dessus. La mission sénatoriale, dont je suis le rapporteur, a auditionné une soixantaine de personnes, producteurs, vendeurs, industriels, formateurs et autres professions médicales pour dresser un état des lieux.

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Où en est donc l’herboristerie aujourd’hui ?
Si, depuis Vichy, les plantes médicinales sont du monopole de la pharmacie, 148 d’entre elles ont été « libérées » en 2004. Elles sont en vente un peu partout, dans des magasins alimentaires, des grandes surfaces et sur internet, mais avec l’interdiction de donner des conseils médicaux. Ceux qui le font, comme certains herboristes historiques, essuient régulièrement des procès. La situation n’est pas satisfaisante. Nous sommes sous le coup d’une réglementation européenne qui laisse une certaine latitude aux pays dans l’application des textes. En Belgique, en Espagne et en Italie, c’est différent. Au Canada aussi. Au Québec, il y a une Guilde de l’herboristerie… La France, qui joue un rôle fort au niveau européen et au sein de l’OMS, pourrait faire bouger les choses.

Quels changements préconisez-vous ? Comme se garder du charlatanisme ?
La formation est une réponse à l’incompétence et au « n’importe quoi » sur internet. Il faut revoir la place des plantes dans le système de santé et les réintroduire dans la formation initiale et continue des médecins et des pharmaciens, qui ne bénéficient quasiment pas d’enseignement à la phytothérapie.

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On pourrait créer un statut officiel de pharmacien herboriste. Et organiser une formation spécifique pour les paysans herboristes ou « producteurs cueilleurs », afin qu’ils puissent donner des conseils au moment de la vente.

Entre les deux, je souhaite réhabiliter le métier d’« herboriste de comptoir » grâce à une formation diplômante spécifique. Mais, pour l’instant, il est hors de question, du côté de l’Ordre de médecins et de celui des pharmaciens, de toucher au monopole des allégations de santé réservées. Même si ça se passe bien dans les pays voisins ! Y parvenir sera le challenge de mon mandat. J’espère mobiliser largement l’opinion publique.

Et qu’en est-il de la production ? Peut-on la relocaliser ?
80 % des plantes utilisées en France sont d’importation. On a souvent du pseudo-bio, la traçabilité n’est pas toujours garantie. Beaucoup de plantes viennent des pays de l’Est et d’Asie où les conditions de production sont différentes, comme le traitement réservé à la main-d’œuvre. L’industrie pharmaceutique cherche une certaine qualité à moindre coût. Or, une part très importante des plantes utilisées pourrait être produite en France.

Il faut organiser la filière de production. Localement, pour la vente des plantes fraîches en circuit court. La demande est forte, du côté des consommateurs et des jeunes qui souhaitent s’installer. En Bretagne, comme ailleurs, ça contribuera à l’aménagement et au développement des territoires ruraux. Peu de terres sont nécessaires, c’est pourvoyeur d’emplois et ça contribue à la biodiversité… C’est une bonne réponse pour les abeilles aussi.

De même, alors que 95 % des plantes qui alimentent les laboratoires sont d’importation, cette production devrait revenir en France et être un bon complément d’activité et de rémunération pour l’agriculture familiale. Les territoires ultramarins sont aussi concernés.

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