Charente Libre

Ostréiculture : l’huître naturelle insiste sur l’étiquette à cause des écloseries

Charente Libre / Par AFP / 30-08-2015

Sur le marché ensoleillé d’Arradon, dans le golfe du Morbihan, Yvonnig Jegat invite avec conviction le promeneur à goûter ses huîtres charnues, annonçant la couleur sur son étal: « ostréiculteur traditionnel, huîtres nées en mer ».

Car, contrairement aux apparences, toutes les huîtres, dont la France est le premier pays producteur en Europe, ne naissent pas en mer : environ la moitié de ces mollusques voient le jour en écloserie, et une bonne part sont des « triploïdes », des huîtres censées être stériles, un procédé mis au point et breveté par Ifremer.

En l’absence d’étiquetage, la confusion entretenue aux yeux du consommateur entre les deux modes de production révulse Yvonnig Jegat: « Si j’allais vendre de la ‘triplo’ au marché d’Arradon, j’aurais l’impression de tromper les gens », assure-t-il.

Benoît Le Joubioux est le président de l’association des ostréiculteurs traditionnels, qui rassemble environ 80 producteurs du littoral français. L’association a pour objectif de valoriser l’huître née en mer, à commencer par l’obtention d’un étiquetage différencié.

Car pour M. Le Joubioux, la surmortalité qui a affecté ces dernières années la production d’huîtres a très certainement un lien avec son éloignement des processus naturels, tant en termes de reproduction que de concentration dans les parcs.

En France, le volume est tombé de plus de 110.000 tonnes en 2008 à environ 80.000 tonnes, et la filière reste durablement fragilisée.

Pour Benoît Le Joubioux, « c’est une aberration d’introduire une espèce manipulée dans un milieu ouvert comme la mer ». Mais le problème, « c’est d’avoir des preuves ! ».

 

Des ostréiculteurs en dépendance

Pourtant, lors de leur apparition il y a une quinzaine d’années, les triploïdes, qualifiées scientifiquement d’organismes vivants modifiés (OVM), sont apparues comme une véritable innovation: croissance nettement plus rapide et absence de laitance pendant la période de reproduction leur ont valu l’appellation « d’huîtres des quatre saisons ».

Revers de la médaille: étant théoriquement stériles, elles impliquent une dépendance de l’ostréiculteur vis à vis des écloseries reproductrices.

« C’est un peu offrir le monde de Monsanto à nos enfants », commente, dépité, Yvonnig Jegat, qui, avec six salariés, fait tout lui-même, du captage de naissain en mer aux semailles au fond du golfe.

« On défend un produit 100% naturel qui a acquis ses lettres de noblesse grâce à la nature », renchérit Benoît Le Joubloux, stigmatisant les « huîtres standard » en milieu confiné développées par de gros producteurs.

« On est un des derniers métiers naturels, avec l’apiculture. L’huître, c’est un baromètre de la qualité de l’eau ».

Parvenir à différencier ces deux types de production, c’est aussi le défi auquel s’est attelé le sénateur du Morbihan, Joël Labbé (EELV), qui a organisé au Sénat en juin un colloque sur l’ostréiculture.

« Le consommateur a le droit de choisir entre les huîtres d’écloserie et celles nées en mer. Encore faut-il qu’il soit informé », dit le parlementaire, qui réfléchit à une proposition de loi qui permettrait « d’envisager un étiquetage clair ».

« On va vers une industrialisation de la profession et, avec le productivisme, on met une pression beaucoup plus importante sur le milieu (…) Si on en arrive à un croisement entre huîtres triploïdes et les autres, ça sera catastrophique », considère le sénateur, selon qui « 13% des triploïdes produisent de la laitance » et ne sont donc pas stériles.

M. Labbé compte profiter de l’examen, prévu début 2016 au Sénat, du projet de loi sur la biodiversité, pour proposer un amendement imposant l’étiquetage des huîtres.

« L’idéal serait de préciser, d’un côté, +huîtres naturelles nées en mer+ et, de l’autre, ‘huîtres nées en écloserie’. Mais ce n’est pas gagné », reconnaît-il, face à « la pression des industriels de la profession ».

Yvonnig Jegat attend cet étiquetage avec impatience, lui pour qui « faire de belles huîtres, c’est comme faire du bon vin. Comme pour le raisin, il m’arrive d’attendre une semaine de plus pour les sortir de l’eau car je sais qu’alors, je vais avoir une cuvée magnifique ! ».

 

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