Relancer la taxe carbone : « Huile sur le feu » ou « courage politique » ?

PUBLIC SÉNAT –  13/02/2019 – Par François Vignal

86 députés demandent de relancer la taxe carbone en la rendant plus juste. Emmanuel Macron a écarté toute hausse de la fiscalité. Le sénateur EELV Joël Labbé soutient la tribune et demande des aides pour les conducteurs. Pour le sénateur LR, Jean-François Husson, c’est « une provocation ».

Revoilà la taxe carbone. 86 députés ont publié mardi soir une tribune sur Le Figaro intitulée « trouvons une fiscalité carbone équitable ». Parmi les signataires, du beau monde : Joël Giraud, rapporteur LREM du budget, deux vice-présidents de l’Assemblée, Hugues Renson (LREM) et le Modem Sylvain Waserman, Barbara Pompili (LREM), Jean-Christophe Lagarde, président du groupe UDI-Agir ou encore Cédric Villani (LREM), le PS Christophe Bouillon ou Matthieu Orphelin, qui vient de quitter le groupe LREM, et 77 autres députés. On retrouve la sensibilité écologique de la majorité présidentielle, qui monte au créneau, en plein grand débat.

« Outil efficace » selon la secrétaire d’Etat Brune Poirson

Lundi, c’est le patron de La République en marche, Stanislas Guerini, qui s’est dit favorable au retour de la taxe carbone à l’issue du grand débat, « à condition (…) que ça ne se fasse pas au détriment des classes populaires ». Dimanche, la secrétaire d’Etat à la Transition écologique, Brune Poirson, a affirmé que la taxe carbone, « outil qui est efficace », « reviendra peut-être ». Le gouvernement va-t-il remettre une pièce dans la machine ? C’est pourtant la hausse des prix du carburant, en partie due à l’augmentation des taxes, qui a été l’étincelle déclenchant la crise des gilets jaunes.

Emmanuel Macron a vite voulu calmer les ardeurs de certains. Il a justement rappelé ce mercredi que le mouvement des gilets jaunes était né « suite à une hausse de la fiscalité et ce n’est sans doute pas par une hausse de la fiscalité qu’on répondra à la colère qui s’est exprimée », a rapporté le porte-parole du gouvernement, Benjamin Griveaux, à l’issue du Conseil des ministres.

« Il faut que 100% des revenus de cette taxe reviennent à la transition énergétique »

Le débat n’en est pas moins relancé. Au Sénat, le sénateur EELV Joël Labbé, n’hésiterait pas à signer le texte, s’il était appelé à le faire. Aujourd’hui, il soutient qu’il fallait « retirer » la hausse de la taxe carbone, « tellement elle était mal enclenchée, mal comprise, injuste ». « La proposition faite maintenant, c’est de travailler sur une fiscalité carbone juste et lisible » dit-il.

Il faut « un engagement que 100% des revenus de cette taxe reviennent à la transition énergétique, soit vers les entreprises, soit vers les citoyens qui sont captifs de la voiture. Il y a des mécanismes à travailler. Mais la première chose c’est de se remettre autour de la table et de chercher les solutions » demande Joël Labbé. Pour le sénateur du Morbihan, « il est hors de question de diminuer encore le pouvoir d’achat de ceux qui sont en difficulté ». Regardez (images et sujet d’Aurélien Romano) :

« Si on voulait refaire partir les gilets jaunes, il faut continuer comme cela… »

Pour le sénateur de l’Oise, Jérôme Bascher, « c’est une très mauvaise idée » de revenir avec la taxe. « Si on voulait refaire partir les gilets jaunes, il faut continuer comme cela… » lance le sénateur de l’Oise sur Public Sénat.

Le sénateur LR Jean-François Husson, qui avait alerté le gouvernement un an avant la crise des gilets jaunes sur les conséquences de la hausse des taxes (voir la vidéo), ne comprend pas vraiment le timing de la tribune : « Aujourd’hui, on a l’impression qu’on met de l’huile sur le feu. Il faut prendre le temps du grand débat national pour écouter les Français ». Le sujet « mérite d’entendre ceux qui veulent lutter contre les gaz à effet de serre, être attentifs à la pollution (…), mais le faire à contretemps, comme aujourd’hui, c’est une provocation. C’est court-circuiter la parole du Président qui a demandé de suspendre » la hausse des taxes. Regardez :

Jean-François Husson, qui « partage certaines des questions de la tribune », propose une solution, évoquée dans le texte : « J’appelle à un nouveau contrat social et écologique. Ça veut dire le Grenelle, mais un étage au-dessus. Il faut être attentif aux enjeux environnementaux, il y a la question sociale et il ne faut pas oublier l’économie. Il faut aujourd’hui la verdir et mettre le monde de la finance autour de la table ».

Pour Joël Labbé, il faut malgré tout y aller. « C’est toute la question du courage politique, où il faut dire les choses et ne pas se voiler la face » lance le sénateur, pour qui il ne faut pas enterrer la taxe carbone car « c’est un élément vital ». Si les objectifs peuvent être partagés, c’est la méthode et le chemin à suivre qui diffèrent.

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