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TRIBUNE. Nucléaire : « Un référendum pour abolir les armes nucléaires et radioactives »

LE MONDE – 14/02/2020

Alors que le président français Emmanuel Macron a précisé le 7 février sa vision de la dissuasion, cinq parlementaires et le président de l’association Action des citoyens pour le désarmement nucléaire (ACDN) appellent dans une tribune au « Monde » à consulter directement les Français. Par ailleurs, une proposition de loi a été signée par 42 parlementaires de toutes tendances politiques.

« Aujourd’hui, 14 000 bombes atomiques pourraient anéantir plusieurs fois l’humanité. Avec ses quelque 300 bombes, la France pourrait faire à elle seule un milliard de morts. »

Il y a 60 ans, avec l’essai « Gerboise bleue », la France accédait au statut de puissance nucléaire. Aujourd’hui, 14 000 bombes atomiques pourraient anéantir plusieurs fois l’humanité. Avec ses quelque 300 bombes, la France pourrait faire à elle seule un milliard de morts. Cette capacité létale ne lui suffit pas : elle a prévu de consacrer d’ici 2025 37 milliards d’euros supplémentaires – 14,5 millions d’euros par jour – à moderniser ses armes. Le Président de la République vient de le confirmer dans son discours à l’Ecole de guerre.

A cet égard, rien ne bouge. Alors que, selon le Bulletin des Savants Atomistes, nous sommes à 100 secondes de l’Apocalypse, il est urgent de changer de politique.

Cette politique repose sur la croyance, toujours réaffirmée, en la dissuasion nucléaire. Or, celle-ci est un tissu de contradictions. On ne peut en effet défendre les valeurs de la République Française, dont la fraternité, et les droits de l’Homme, en menaçant de massacrer des peuples. On ne peut employer, pour défendre ses « intérêts vitaux », l’arme atomique contre un pays qui en a aussi et ne manquerait pas de répliquer : autant se suicider.

La dissuasion ou l’abolition ?

On ne peut prétendre néanmoins garantir sa sécurité par ces armes, mais les interdire aux autres pays. On ne peut leur interdire les armes de destruction massive biologiques et chimiques, mais se les autoriser si elles sont atomiques, et même s’autoriser leur emploi en premier ! On ne peut encourager ainsi leur prolifération, tout en prétendant la combattre. On ne peut les dire « seulement dissuasives, donc de non-emploi », puisque pour être dissuasif, il faut évidemment être prêt à s’en servir.

On ne peut sacrifier les dépenses écologiques, sociales, éducatives, de santé, etc. au profit d’engins qui ne nous protègent ni des terroristes ni des autres États nucléaires, mais préparent l’apocalypse. À quoi bon, enfin, lutter contre le péril climatique, si c’est pour détruire la planète et la rendre invivable par l’atome ?

La menace nucléaire est absurde et criminelle. D’après la résolution de l’ONU du 24 novembre 1961, « tout État qui emploie des armes nucléaires et thermonucléaires doit être considéré comme violant la Charte des Nations Unies, agissant au mépris des lois de l’Humanité et commettant un crime contre l’Humanité et la civilisation ». Et selon la Cour Internationale de Justice, « il existe une obligation de poursuivre de bonne foi et de mener à terme des négociations conduisant au désarmement nucléaire dans tous ses aspects, sous un contrôle international strict et efficace » (Avis du 8 juillet 1996).

Cette obligation inscrite à l’article 6 du Traité de Non-Prolifération est restée lettre morte depuis 1970. C’est ce qui a conduit 122 États non dotés à voter en juillet 2017 un Traité interdisant les armes nucléaires. Mais les États dotés, France en tête, l’ont boycotté, rejeté, et continuent d’armer.

Pour un référendum d’initiative partagée

Jamais consulté, le peuple français finance cette politique, alors que selon un sondage IFOP-ACDN de mai 2018, 85 % des Français répondent OUI à la question : « Approuvez-vous que la France participe à l’abolition des armes nucléaires et radioactives et engage avec l’ensemble des États concernés des négociations visant à établir, ratifier et appliquer un traité d’interdiction et d’élimination complète des armes nucléaires et radioactives, sous un contrôle mutuel et international strict et efficace ? »

Plus de quarante députés et sénateurs appartenant à une douzaine de groupes parlementaires différents ont signé, à l’invitation de l’Action des Citoyens pour le Désarmement Nucléaire (ACDN), une Proposition de Loi visant à organiser un référendum d’initiative partagée sur cette question précise. (Proposition de Loi et liste des signataires : Cf. www.acdn.net)

Avec eux, nous appelons parlementaires et citoyens à soutenir résolument cette initiative. La France doit suspendre sa course aux armements et négocier avec tous les Etats concernés, dotés et non dotés d’armes nucléaires ou radioactives, et Parties ou non au TNP, un traité d’abolition incluant à la fois l’interdiction universelle et définitive de ces armes et leur élimination totale, négociée, progressive, méthodique et dûment contrôlée. Elle ne fera ainsi rien d’autre que respecter sa signature apportée au TNP en 1992, ses valeurs, et le droit international.

Le peuple français peut et doit ouvrir la voie à un monde libéré de toutes les formes d’extermination, un monde de coopération, de paix et d’espérance. C’est possible, nécessaire, urgent. Agissons tous ensemble maintenant !

Les signataires de cette tribune sont : Sophie Auconie, députée (UDI, Agir et Indépendants) d’Indre-et-Loire ; Jean-Michel Clément, député (Libertés et Territoires) de la Vienne ; Joël Labbé, sénateur (Rassemblement Démocratique et Social Européen) du Morbihan ; Jean-Paul Lecoq, député (Gauche Démocrate et Républicaine) de la Seine-Maritime ; Jean-Marie Matagne, président de l’Action des Citoyens pour le Désarmement Nucléaire (ACDN) ; Christine Pirès Beaune, députée (Socialistes et apparentés) du Puy-de-Dôme .

Soutien : ACDN, 31 Rue du Cormier, 17100 Saintes. contact@acdn.net    www.acdn.net

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