Ouest-France

Ces bâtiments amiantés polluent nos campagnes

OUEST-FRANCE – 02/11/2019 – Par Anne-Élisabeth Bertucci

Ce sont majoritairement de vieux poulaillers agricoles en fibrociment abandonnés. Rien que dans le Finistère, on en dénombre 400 abandonnés. Un vrai problème environnemental et sanitaire.

C’était les années 1970, l’époque de l’agriculture productiviste triomphante. Les bâtiments d’élevage fleurissaient partout en Bretagne. La plupart de ces constructions se composaient de toitures, de bardages et parfois de cloisons en fibrociment amianté. L’amiante s’est révélé être l’une des matières les plus nocives de l’histoire moderne de la santé au travail. Elle se désagrège en fibres microscopiques et peut provoquer des tumeurs malignes dans les poumons… Son usage a été interdit en 1997. Depuis, des procès-fleuve s’écoulent et débouchent sur des non-lieux.

Puis, les crises agricoles, le regroupement d’exploitations, le vieillissement de la population des agriculteurs, sont passés par là. Reste d’anciennes porcheries et poulaillers qui se délitent lentement dans nos campagnes.

Patate chaude

En 2017, dans le seul département du Finistère, la préfecture dénombrait 400 bâtiments de grande taille en déshérence. Sans compter les plus petits. En 2018, la chambre d’agriculture de Bretagne s’alarmait de « cette problématique plus prégnante en aviculture, les trois quarts des bâtiments ayant plus de vingt ans ». Des chiffres astronomiques circulent autour de l’emprise foncière occupée par ces ruines agricoles. Un million de mètres carrés à l’échelle régionale, voire plus…

Pour l’heure, aucun recensement ne révèle précisément l’ampleur du sujet. Dans le cadre de l’élaboration du Plan régional de prévention et de gestion des déchets, un groupe de travail piloté par la Région Bretagne et la Direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement (Dreal) planche sur le chiffrage des sites concernés en vue de proposer des solutions d’accompagnement aux exploitants agricoles.

Un risque dénoncé dès 2014

Gérard Le Cam, le maire de Plénée-Jugon, dans les Côtes-d’Armor, avait dénoncé ce risque environnemental et sanitaire dès 2014. L’ancien sénateur (PC) avait alors posé une question écrite au ministre de l’Agriculture, Stéphane Le Foll. Classée sans suite ou presque…

« Le coût du désamiantage étant prohibitif – près de 100 € le m2 -, les propriétaires qui ne parviennent pas à vendre, laissent à l’abandon ou procèdent parfois eux-mêmes à la déconstruction sans déclaration ni protection. Il est donc nécessaire de les accompagner. L’aménagement durable du territoire et le gain en surface agricole utile doivent constituer un objectif prioritaire »,concluait l’édile.

Plus récemment, en 2018, puis en 2019, le sénateur du Morbihan, Joël Labbé (Groupe du Rassemblement démocratique et social européen) a saisi à deux reprises le ministre de l’Agriculture de l’époque, Didier Guillaume : « C’est un vrai problème, car on ne donne pas les moyens financiers de la déconstruction aux agriculteurs qui ont été poussés à construire toujours plus dans une logique de production de masse. Aujourd’hui, les financements sont ramenés vers des Régions qui n’en ont pas les moyens. Et les sociétés qui ont contribué à cette économie en sont exonérées ! » pointe-t-il.

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