L’engagement des forces armées au Mali

Déclaration du Gouvernement, suivie d’un débat, sur l’engagement des forces armées au Mali

Monsieur le président, Monsieur le ministre des affaires étrangères,
Mesdames, messieurs les ministres, mes chers collègues,

J’interviens aujourd’hui non seulement en tant que parlementaire écologiste, mais également en tant que président délégué pour le Mali du groupe d’amitié France-Afrique de l’Ouest de notre assemblée, et aussi parce que je suis membre du Mouvement des citoyens du monde.
La France intervient militairement au Mali en soutien aux forces armées maliennes, à la demande du président par intérim de cet État.
Si le recours aux interventions militaires n’est évidemment jamais souhaitable, il peut se révéler nécessaire. L’offensive sur la ville de Konna, qui a eu lieu au début du mois, et le risque de voir ces groupes armés déstabiliser davantage le pays, avec les conséquences que l’on imagine pour les populations civiles de l’ensemble de l’Afrique de l’Ouest, nous conduisent à approuver et à soutenir le choix du Président de la République.
La crise malienne résulte d’une déstabilisation accrue de toute la bande sahélienne, que le conflit libyen a encore accentuée. En effet, celui-ci a déjà permis à des groupes djihadistes de s’armer dangereusement.
De fait, l’intervention militaire en Libye n’a pas été suivie d’une véritable politique de développement, tant française qu’européenne, en direction des pays de la région, notamment le Mali et le Niger, et nous en subissons les conséquences aujourd’hui. Il est primordial d’en tirer les leçons : nous ne créerons jamais les conditions de l’avènement d’un état de droit par la seule intervention militaire, ainsi que l’a justement relevé hier notre collègue Daniel Cohn-Bendit au Parlement européen. (Exclamations sur plusieurs travées de l’UMP.)
La population du Nord-Mali vit dans un extrême dénuement (M. Jean-Claude Lenoir s’exclame.), ce qui favorise notamment les trafics, tels ceux des armes et des drogues. Les liens entre pauvreté, défaut d’éducation et terrorisme sont malheureusement bien connus. Par conséquent, la mise en place d’une politique de développement sur le long terme est urgente.
Le véritable enjeu, au-delà de l’opération militaire en cours dans l’urgence, est de tirer des leçons de l’échec du simple soutien à un état de droit au Mali, sans véritable politique de développement pour l’accompagner.
Notre coopération avec le Mali doit s’inscrire sur le long terme et reposer sur des valeurs d’éthique et de respect de notre partenaire. C’est particulièrement important de le réaffirmer dans la mesure où le Mali est classé au 170e rang sur l’échelle de la pauvreté, alors que son sous-sol est riche en matières premières et que la tentation de certains est grande d’accaparer ces richesses. L’uranium de cette région, pour ne prendre qu’un exemple, attise les convoitises. Malheureusement, nous le savons, ces exploitations ne profitent quasiment pas aux populations locales.
Il se trouve que le département du Morbihan a une relation privilégiée avec l’ensemble de la région de Kidal. Voilà deux ans, nous avons reçu une délégation d’élus de la nouvelle génération de cette région dans le cadre de la décentralisation voulue par le gouvernement malien de l’époque. Nos interlocuteurs, notamment l’ancien président de l’assemblée régionale de Kidal, Abdoussalam Ag Assalat, qui nous a quittés accidentellement, nous avaient affirmé leur volonté, en tant que Touareg, de s’autodéterminer, d’avoir une certaine autonomie, tout en se reconnaissant Maliens. À l’époque, ils nous avaient mis en garde contre le risque représenté par les mouvements terroristes.
Le président de l’assemblée régionale nous avait par ailleurs expliqué son opposition à un projet d’achat de terres par une société australienne afin d’exploiter une mine d’uranium dans la région très proche de Kidal. Il leur avait répondu que la terre de ses ancêtres n’était pas à vendre et que le plus précieux des minerais était la ressource en eau. Il m’avait alors cité un proverbe touareg lourd de sens : « Tu peux dire ce que tu veux à celui qui a soif, il ne te demandera toujours que de l’eau ».
Il est temps de revoir, comme a commencé à le faire le ministre délégué chargé du développement, Pascal Canfin, sous votre autorité, monsieur le ministre des affaires étrangères, toute l’architecture des aides de la France aux pays qui en ont besoin, notamment ceux du Sahel. La future loi d’orientation et de programmation sur le développement devra tracer les lignes de nouvelles relations avec les pays les plus pauvres.
Je voudrais également m’exprimer ici au nom de ma collègue Kalliopi Ango Ela, sénatrice représentant les Français établis hors de France, membre de la commission des affaires étrangères, de la défense et des forces armées, qui a résidé plus de vingt-cinq années en Afrique subsaharienne. Elle tenait à ce que soient précisés divers points rendant compte de sa vision, que je partage évidemment.
Il nous semble effectivement important que l’accent soit mis sur la nécessaire reconstruction de la paix. L’aide au développement devra également prendre la forme d’un accompagnement de sortie de conflit ayant pour objectif le bien-être pacifié de tous les peuples et sociétés vivant au Mali, non seulement les Touareg, mais aussi les Maures, les Peuls, les Songhay et les Bozos, dans le respect des identités de chacun. C’est dans ce cadre que devra s’inscrire une paix durable.
S’il est fondamental que les actions menées sur le territoire malien le soient sous protection des forces africaines, la gestion du post-conflit devra, elle aussi, impliquer l’ensemble des différents acteurs du développement.
En conclusion, je dirai que, s’il est nécessaire d’intervenir dans l’urgence, il nous faudra ensuite permettre les conditions de mise en place d’un régime politique démocratique fort et stable au Mali, ce qui est encore possible. Nous devrons également œuvrer pour une véritable politique de développement autour des axes essentiels que sont l’alimentation et le droit à l’eau, à la santé et à l’éducation. Les conditions seront réunies sur les territoires malien et français, étant donné la richesse du réseau relationnel entre les collectivités locales, les associations françaises et les collectivités maliennes. Comme le dit Kofi Annan : « Il n’y a pas de développement sans sécurité et de sécurité sans développement et il ne peut y avoir ni sécurité ni développement si les droits de l’homme ne sont pas respectés. » (Applaudissements sur les travées du groupe écologiste et du groupe socialiste. – M. Henri Tandonnet applaudit également.)

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