Midi Libre

Métropole de Montpellier : bio et local sont-ils possibles ?

MIDI LIBRE – 06/02/2019 – Par Frédéric MAYET

Les premières assises de la transition agro-écologiques, organisées par la Métropole ce mardi 5 février, offrent des réponses.

Ce mardi matin le ministre (de l’Agriculture) et le président (de la Métropole) ont manqué une belle occasion d’affirmer, publiquement, leurs volontés de voir éclore une transition agro-écologique. Le premier, Didier Guillaume, était en Lozère au chevet de la filière bovine. Le second, en déplacement à Lyon.

C’est pourtant sous l’égide de la Métropole, associée au CNFPT (centre national de la fonction publique territoriale) ainsi qu’à Agropolis international et l’association Terres en villes, que se tient jusqu’à ce mercredi soir au Corum, la première édition des « assises de la transition agro-écologique et de l’alimentation durable « .

Travailler à sortir de l’alimentaire low cost

Olivier de Schutter, ancien rapporteur spécial auprès des Nations Unies pour le droit à l’alimentation, n’a pas hésité à dénoncer « l’économie alimentaire low cost qui n’est plus soutenable. Bâtie sur des économies d’échelle, elle a d’immenses conséquences environnementales, sociales et de santé publique. Désormais 20 % de la population adulte européenne souffre de surpoids. C’est le résultat de choix fait voici cinquante ans et dont nous devons nous libérer. Les petits pas ne serviront à rien sans vision d’avenir ! »

Rendre du foncier à l’agriculture

Soit le rassemblement de plusieurs centaines d’élus, fonctionnaires, chercheurs, responsables associatifs et représentants du privé œuvrant, tous, pour plus de bio et plus de local. En France comme à l’international (Montréal, Milan, Suisse, départements d’outre-mer…). Une ambition qui passe, d’abord, par « une reconquête du foncier pour l’agriculture ». Mylène Fourcade, vice-présidente de la Métropole en charge de l’agroécologie et de l’alimentation, a ainsi annoncé que, dans le prochain Scot (schéma de cohérence territoriale) métropolitain, voté en 2019,  » 70 % des terres seront classées inconstructibles. Cela représente 400 hectares. « 

Au-delà d’annonces, les débats ont, plus prosaïquement, dressé le constat d’une réalité sociétale. « Les orientations politiques ne doivent pas oublier les plus défavorisés. Surtout pour les questions de politique alimentaire.  » Huguette Boissonnat, responsable du réseau santé ATD Quart Monde, a voulu porter la parole de ces millions de personnes contraintes de se nourrir « avec 57 € par mois. Mais en France, le bio est encore bien trop cher ! »

Les lobbies

Le sénateur du Morbihan Joël Labbé (EELV) – « Eh oui, il en reste encore quelques-uns ! » – a dénoncé, avec force, le poids des lobbies. « La grande distribution est là pour faire du business. Nicolas Hulot, alors ministre de la Transition écologique et solidaire, avait été écarté des états généraux de l’alimentation (organisés au second semestre 2017) au profit du ministre de l’Agriculture. Et le conseil constitutionnel a retoqué une vingtaine d’amendements parlementaires ! » Autant de preuves, selon Joël Labbé, de l’influences des lobbies. « J’espère que l’actuel grand débat évoquera cette question. Les lobbies influent autant sur l’Élysée que sur les ministères et les partis politiques. »

Local jusqu’où ?

Et Florent Guhl, directeur de l’agence bio, d’opiner. Tout en élargissant le prisme. « La question n’est pas seulement liée à l’argent mais aussi à l’éducation. Il ne doit pas y avoir de demi-mesures : tout le monde a le droit au bio comme au local. »

Nicolas Bricas, agro-économiste au Cirad (Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement), a, lui, fait œuvre pédagogique avec l’exemple… de la Métropole. « Elle pourrait se nourrir grâce à la production agricole de l’Hérault à deux conditions : supprimer 60 % de la population, soit toute celle qui ne vit pas sur la Métropole, et arracher tout le vignoble ! Cela remettrait en cause une histoire de la spécialisation agricole française. » De la science-fiction donc.

Locavorium

Co-fondatrice du magasin Locavorium (filières équitables et locales) installé à SaintJean-de-Védas, Jessica Gros a abordé le côté économique. « Pour les consommateurs, leur pouvoir d’achats, mais aussi pour les producteurs qui doivent être rémunérés justement pour leur travail. Le bio coûte encore cher pour les consommateurs car il revient cher aux producteurs. »

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