Pesticides : en ville, si on passait au «zéro phyto» ?

LE PARISIEN – Par Lisa Malone / 05-05-2015

Côté traitements des espaces verts, les villes françaises ne sont pas toutes irréprochables.

C’est un mot d’ordre très tendance dans les villes qui se veulent « vertes » : «Zéro phyto», pour «Zéro produit phytosanitaire», autrement dit «Zéro pesticide». Fer de lance de ce mouvement pour préserver nos terres : la Bretagne qui, il y a près de vingt ans, a montré l’exemple.

Aujourd’hui, Bordeaux, Grenoble, Lille, Nantes, Paris, Rennes ou encore Strasbourg lui a emboité le pas. En Seine-et-Marne, on n’emploie plus aucun produit phytosanitaire pour l’entretien des 4 500 km de routes départementales. A priori, ces précurseurs devraient faire école tant la réglementation se durcit.

A Bayeux, dans le Calvados, on remplace les pesticides par du paillage et des plantes vivaces.
(Photo Karen Hatch/GettyImages)

Que dit la loi ?

Il y a d’abord eu la loi Labbé, du nom du sénateur breton qui l’a portée. Adoptée en février 2014, elle fixe des échéances précises : les produits phytosanitaires seront interdits dans tous les espaces verts, jardins publics et parcs, le 1er janvier 2020, et la vente de produits phytosanitaires au grand public sera interdite en 2022. Une petite révolution que la ministre de l’Écologie a même décidé d’accélérer, le projet de loi transition énergétique raccourcissant les délais : les espaces verts devront ainsi se passer des pesticides dès 2017.

L’agriculture aussi…

Et la loi d’avenir sur l’agriculture votée en octobre dernier n’a pas voulu être en reste. Elle interdit la publicité pour les produits phytosanitaires. Les spots télé aux heures de grande écoute et les pleines pages de magazines vantant les mérites supposés des produits fabriqués par Monsanto, Bayer, BASF et consorts, c’est terminé.

Fort à faire

À y regarder de plus près, hélas, la lutte antipesticides est loin d’être terminée. La loi Labbé se cantonne aux espaces verts, et l’essentiel des pesticides est épandu sur les surfaces imperméabilisées, de loin les traitements les plus polluants. Il n’y a pas de terre pour les absorber et les retenir, les désherbants ruissellent dès qu’il pleut jusqu’aux cours d’eau, contamination garantie. Cette pollution des nappes et des rivières par les pesticides non agricoles va pouvoir hélas continuer légalement malgré les nouvelles mesures.

A lire : l’enquête « Pesticides, Place au zéro phyto » sur le site de l’UFC-Que Choisir
Le «zéro phyto» en chiffres

En Bretagne, 70 % des communes se déclarent engagées dans la réduction de l’usage des pesticides ; en Île-de-France, on est à 64 % des communes. Des chiffres rassurants mais la réalité n’est pas aussi souriante : seules 10 % s’en passent totalement en Bretagne, et 12 % en Île-de-France. En Poitou-Charentes, la région qui a lancé la charte « Terre saine, votre commune sans pesticides », seulement 25 d’entre elles sont au zéro phyto absolu. « En Île-de-France, 82 % des communes engagées dans la démarche ont cessé de traiter dans les parcs et jardins, explique Jonathan Flandin, chargé de mission écologie urbaine à Natureparif. Ces espaces végétalisés sont l’étape la plus facile, ils se prêtent bien à la gestion écologique. En revanche, la plupart continuent à traiter sur la voirie et dans les cimetières. C’est problématique pour la ressource en eau. »

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