Le Télégramme

Ostréiculture. Le métier face aux nouveaux enjeux

LE TÉLÉGRAMME – 10/06/2016

Deux facettes du métier présentées à Barbara Pompili. La secrétaire d’Etat à la biodiversité a visité, hier matin, l’entreprise de Philippe Thomazo, ostréiculteur traditionnel et l’écloserie Novostréa. Un décret va bientôt sortir sur l’huître triploïde dont la production ne sera plus sous la responsabilité de l’Ifremer.
Barbari Pompili ne mange pas d’huîtres mais elle sera maintenant incollable après deux heures passées à Pencadénic et Banastère. Philippe Thomazo lui a fait un exposé complet sur le sujet en relatant d’abord comment il a démarré auprès de son père en 1969 et comment il a commencé à vendre à la Chine (au porte-à-porte) et non en Chine comme l’a cru dans un premier temps avec stupéfaction son auditoire… Il a décrit aussi les évolutions de l’ostréiculture depuis l’utilisation des poches et des tables, des coupelles au lieu des tuiles pour recueillir le naissain et l’apparition de nouveaux outils. Lui-même trie sa production au moyen d’une machine au laser qui calibre l’huître selon son volume.

Les naissains nés en mer

Et pourtant, c’est un ostréiculteur traditionnel. Autrement dit, il ne travaille que les huîtres nées en mer. Pour cela, il va capter en Charente-Maritime les naissains appelés à grossir dans ses parcs. Malgré ses 68 ans, Philippe Thomazo a gardé la passion de ses débuts et l’énergie nécessaire pour remuer ses 300 à 400 poches par marée. Ils sont 100 ostréiculteurs traditionnels sur les sept bassins ostréicoles français, dont une trentaine dans le Morbiban. C’est un professionnel du Tour-du-Parc, Benoît Le Joubioux, qui préside cette association. Ce dernier tenait à rencontrer Barbara Pompili pour expliquer à la secrétaire d’État écologiste le souhait de son association de pouvoir se démarquer des ostréiculteurs qui produisent à partir de naissains d’élevage. Des huîtres que Benoît Le Joubioux qualifie d’« artificielles ».

Traçabilité demandée

« Actuellement, c’est le flou. Le consommateur ne sait plus ce qu’il achète. Nous demandons d’urgence, a-t-il dit, un étiquetage qui précise l’origine ».
Autre souhait formulé : que les huîtres d’écloserie ne puissent être mélangées avec des huîtres naturelles dans les bassins naisseurs. Les ostréiculteurs traditionnels accusent les premières d’affaiblir la résistance des secondes, d’où une plus grande vulnérabilité au virus herpès et des mortalités. Barbara Pompili a répondu que la traçabilité sera une
nécessité « car elle est demandée par les consommateurs ». Mais une autre décision plus urgente doit être prise à propos des huîtres triploïdes.
Ce n’est plus l’Ifremer qui va s’en occuper. L’établissement recentre ses missions sur la recherche. Or, il détient un brevet sur la reproduction de ces huîtres stériles et il est le seul organisme habilité à élever les huîtres tétraploïdes dont le croisement avec les diploïdes permet d’obtenir les triploïdes. Cela se fait dans des bassins protégés à La Tremblade.

Le risque des tétraploïdes

Barbara Pompili a indiqué qu’un arrêté est en cours de rédaction sur le sujet auprès du ministère d’Alain Vidalies. Le CNC (Comité national de la conchyliculture) est sur les rangs pour prendre la suite d’Ifremer. « Si ces tétraploïdes se retrouvent dans le milieu, c’est toute la filière qui est menacée », a lancé Benoît Le Joubioux. La secrétaire d’État a
parallèlement indiqué qu’il faut poursuivre les recherches sur les risques posés pas la triploïde. « Si ces huîtres ne présentent pas de risques, il n’y a pas de raison de les interdire », a-t-elle dit, en convenant de l’intérêt « de mettre en valeur les huîtres de qualité ».

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